interview de Christian Tissier






Christian Tissier est sans doute l’un des plus éminents maîtres d’Aïkido français. En effet 7eme Dan, couronné du titre de Shihan reçu des mains du Doshu Kishomaru Ueshiba en 1998, il est également l’un des fondateurs de la FFAAA (Fédération Française d’Aïkido, Aikibudo & Affinitaires). Né à Paris en 1951, il commence la pratique de l’Aikido en 1962 avec Jean-Claude Tavernier, puis avec maître Nakazono. Il se révèle un élève excellent et obtient très vite son 2ème Dan. En 1969, il part étudier l’Aikido au Japon, grand centre mondial et garant des formes classiques. Il y côtoiera les plus grands experts tels que le Doshu, Seigo Yamagushi, Mitsugi Saotome ou bien Osawa Sensei. Ce n’est qu’en 1976 qu’il décide de rentrer en France. Il crée alors à Vincennes, en banlieue parisienne, le Cercle Tissier, où seront formés de nombreux enseignants et la plupart des délégués techniques de la FFAAA. C’est donc ce grand monsieur qui a très gentiment accepté de répondre à nos questions après un stage d’Aïkido de premier ordre.



Takeda > Comment tenez-vous compte, ou non, des influences mystiques de l’Aïkido? Avez vous une vision purement pragmatique, sportive, ou l’inscrivez-vous dans la Voie ?
Christian Tissier > Je ne tiens pas compte des influences mystiques parce que pour moi il n’y en a pas. L’Aïkido est quelque chose que je fais depuis très longtemps, donc de façon tout a fait naturelle. La recherche que j’ai est un peu comme un système d’éducation que je mets en place pour être de plus en plus humain et avancer davantage dans la vie, comme un homme, donc pas spécialement comme quelqu'un qui reste en dehors ou qui a une recherche abstraite.
Pour ce qui est du côté sportif, je ne me considère pas comme un sportif, mais plutôt comme quelqu’un qui utilise au maximum son corps puisque je monte, je descend, je chute, je me relève, etc. donc je pense que j’ai une bonne condition physique. Quelque part, effectivement, je travaille avec mon corps, mais je ne fais pas un sport, je pratique plutôt une discipline.

Takeda > Comment concilier à notre époque la pratique rigoureuse d’un art martial et la vie quotidienne? Autrement dit, comment tout en ayant un travail, pouvons-nous évoluer dans la pratique de l’Aïkido, et par extension, dans notre recherche de la Voie ?
Christian Tissier > Je pense qu’il suffit simplement d’envisager la pratique comme étant quelque chose qui a besoin d’être structuré, d’être comprise au sens technique. Technique physique mais qui a besoin d’être comprise aussi au sens du système d’éducation qu’on met en place, c’est à dire découvrir certaines règles qui vont conduire notre façon de se comporter. Il ne faut pas beaucoup de temps, je pense que quelqu’un qui pratiquerait deux fois par semaine, dès l’instant qu’il le fait dans un environnement qualifié, n’a rien à concilier, et progresse tout naturellement.

Takeda > Que pensez-vous du Real Aïkido que l’on a pu voir au festival des arts martiaux à Paris dernièrement?
Christian Tissier > Je ne vois pas ce qu’il y a de Real là-dedans, en tout cas ça n’est pas de l’Aïkido, ce n’est ni Real, ni Aïkido. Ce que j’ai vu, ce sont des gens qui font semblant de faire quelque chose avec des attaques tronquées, qui semblent être rapides mais qui ne sont pas menées à terme, des gens qui se précipitent pour chuter rapidement. Techniquement je trouve que c’est relativement pauvre, ça ne m’intéresse pas.

Takeda > L’esprit “Samouraï” du Bushido est-il encore présent dans les arts martiaux actuels ?
Christian Tissier > Oui l’esprit du Bushido est présent dans les arts martiaux dans la mesure où on ne se trompe pas : le Bushido est un code d’honneur avec encore une fois un système éducatif, donc ça n’est pas une ascèse ou quelque chose de très figé, d’un peu triste. Je pense que plutôt que de parler du code du Bushido, il serait intéressant de définir ce qu’est être un chevalier, c’est à dire quelqu’un qui a développé des valeurs morales, des valeurs physiques au service de quelque chose, c’est ça le code du Bushido. Quelqu’un qui verrait dans le code du Bushido quelque chose de fermé, terne ou des souffrances inutiles se tromperai, ce n’est pas ça le Bushido. Le but du Bushido est simplement de vivre suivant un code particulier.

Takeda > Avez-vous des conseils pour progresser dans la Voie, dans la pratique de l’Aïkido ou dans la vie de tous les jours ?
Christian Tissier > Que les gens aient un esprit critique d’une manière générale. Quand ils voient un enseignant, c’est important qu’ils sachent si un ensemble de principes est respecté par rapport à la distance, à la vision, à la sécurité, à l’économie du mouvement, et par rapport à la recherche de l’idéal de pureté à travers le geste que l’on va mettre en place. A partir de là, si les gens arrivent à être suffisamment critiques par rapport à ça, et que ce qu’on leur propose leur semble rentrer dans ces critères, il faut qu’ils y aillent. Le conseil que j’ai à donner, c’est de bien choisir son professeur et puis en faire le maximum.

Takeda > Qu’est ce que la pratique des armes apporte à l’Aïkido ?
Christian Tissier > La pratique des armes n’est pas fondamentale ni essentielle, mais ce qu’elle peut apporter est déjà un aspect plus ludique que le travail à main nue et puis renforcer les notions d’attitude, de coupe, de distance, donc dans ce sens là c’est intéressant. Mais si l’on n’en fait pas, ça ne change rien non plus.

Takeda > Tant philosophiquement que techniquement, quelle est la différence entre le Ken-jutsu et l’Aikiken ?
Christian Tissier > Le Ken-jutsu est vraiment basé sur le jutsu, c’est à dire la technique , le technique efficacité, la technique directe, etc... L ’aikiken reprend plus les formes de mouvement de l’Aïkido. Mais le fond est le même à priori.

Takeda > Pensez-vous que votre notoriété sois une bonne chose pour la diffusion de l’Aïkido ? Pourrait-elle éventuellement vous détourner de l’esprit de l’Aïkido ?
Christian Tissier > Non, ça ne me détourne pas, je ne sais pas si j’ai une certaine notoriété, en tout cas ça ne me détourne pas de l’Aïkido puisque j’y suis constamment et de plus en plus. Je pense que ça peut aider l’Aikido dans la mesure où j’arrive a donner une image qui correspond à celle que j’ai envie de donner. Si ce n’était pas le cas, ça serait une mauvaise chose, mais pour l’instant, je pense que toutes les manifestations, soit télévisuelles, soit autre, que j’ai faite ont plutôt un retour positif.

Takeda > Auriez-vous un Koan Zen pour alimenter la réflexion ?
Christian Tissier > “Le but de la pratique, c’est la pratique.”

Takeda > Pour finir accepteriez-vous de parrainer le clan Takeda, qui se veut l’héritier de cette illustre famille de Samourai?
Christian Tissier > Bien sur, avec plaisir.

Takeda > Merci beaucoup, Monsieur Tissier.
Christian Tissier > Au revoir mademoiselle. Bonjour à ma grand-mère !

Propos recueillis par Gwel
Entretien réalisé le 1er mai 2004

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